Cher Guillaume,

Depuis notre rencontre fortuite par une belle journée d’été, j’attendais avec impatience la sortie de ton nouveau film, plus personnel disais-tu. L’énergie et le sérieux que tu déployais suscitaient l’envie d’en savoir plus…

Et bien je n’ai pas été déçue ! Que j’ai aimé pleurer dans tes petits mouchoirs ! Que j’ai aimé ces petites parenthèses d’émotion et de fragilité… des tranches de vie triées sur le volet comme autant de souvenirs que l’on garde au plus profond de nous.

Y aurait-il du Sautet et du Cassavetes en toi ? Voilà un film sans prétention, mais si juste, qui rappelle au plus près ce que l’on a pu vivre un jour ou l’autre… un film qui donne  envie de revoir des amis, de planifier des week-end, de programmer des vacances à plusieurs… même si l’idée qu’on s’en fait est toujours plus belle que la réalité. Car oui, tu pointes bien toutes nos failles, nos travers, notre égoïsme et notre légère hypocrisie vis-à-vis d’autrui, aussi proche soit-il…

Un film qui remémore aussi tout ce que l’on a partagé avant, communautairement… ces liens sacrés qui peuvent s’effilocher au fil du temps… ces moments de franche rigolade ou de grosse engueulade. Ces envies d’à la vie, à la mort… les promesses tenues et celles trahies, les aveux et les mensonges… les amours cruelles, les tromperies, les petites bassesses… les non dits. Et puis la tendresse…  tout ce qui ne se dit pas mais qui se vit autour d’une bonne bouteille, d’une douzaine d’huîtres et d’un rayon de soleil.

J’ai repensé à cette franche camaraderie qu’on développe souvent au temps du lycée et de la fac… ces bons vieux copains qu’on espère garder pour toujours avec qui l’on a refait le monde, l’amour, la vie… tous ces épisodes qu’on se rappelle parfois quand vient le temps d’un week end à la campagne pluvieux, d’une fondue, d’une randonnée… la mémoire s’actualise alors et l’on se demande si l’on vivrait la même chose aujourd’hui ! J’aime à croire que oui… que sous l’effet de l’amitié, on a toujours 20 ans et l’on aime rire toujours autant… mais peut être aussi qu’une amitié plus construite, plus dans la longévité amène son lot de discordances et de mesquineries.

Je n’ai pas la chance d’avoir gardé mes anciens amis… ceux d’il y a 20 ans j’entends…mais ça a réveillé un peu, comme une douce nostalgie, les moments passés en leur compagnie. Les soirées paella, crêpes, pizza, poulet à la russe … les parties de « trivial pour cuites », les sorties vélo, à cheval ou en canoë… les rendez-vous au troquet, au ciné, au resto… et puis les confidences, les coups durs, les séparations, les retrouvailles… les accidents et la mort aussi…

La vie n’épargne personne… le temps fait le reste et la distance aussi. Sont-ils si nombreux celles et ceux qui peuvent se retrouver régulièrement année après année ? Moi, après plusieurs changements de lieux (et j’ai envie de dire « de vie »), je n’ai pas réussi à entretenir les liens d’avant… mais, mais, mais… sache que même aujourd’hui, avec mes amis de maintenant, j’ai  ce plaisir des grandes tablées, des jeux improvisés et des discussions jusqu’au bout de la nuit. Les liens se tendent et se distendent au gré des événements… un rapprochement se crée, quelqu’un d’autre s’éloigne… mais de manière générale, les échanges sont généreux et le rire jamais loin.

Et puis, et puis et puis… j’aime bien cette façon que tu as de réveiller les consciences, de bousculer les certitudes, de mettre à nu, de révéler nos petites lâchetés… de lever les petits mouchoirs comme tu les nommes si bien… faut il un jour en passer par là pour savoir qui l’on est vraiment ? Comme toi, je le pense… la remise en question est un mal nécessaire pour avancer, se dépasser, évoluer positivement… s’arranger avec sa conscience ne va qu’un temps ; il y a toujours un moment où un(e) ami(e) ou un événement pousse à se regarder un peu plus dans le miroir intérieur… moi, en tout cas, je suis en plein dedans… et c’est rassurant de savoir que je ne suis pas la seule à m’introspecter (mon jeu favori…hin, hin, hin…).

J’ai aussi une petite pensée pour tous ces gens du Bassin (ou qui vivent des bords de mer)… ceux qui se battent dans leur quotidien, les deux pieds dans la vase  et les yeux plein de sable. Ton « Jean Louis » est quelqu’un d’incroyable ! Une belle personne… comme toux ceux de ton film en somme. Qu’il te réussit donc de filmer les gens que tu aimes ! Alors bravo Guillaume… bravo pour cette écriture identifiante, bravo à tes comédiens si naturels, bravo pour ce petit électrochoc qui rappelle que la vie c’est maintenant… qu’il est toujours bon de se réunir et de partager des bons moments… comme il est bon aussi de retirer la poussière de dessous le tapis… et de toujours s’interroger sur soi et sur ceux que l’on aime…

My love, une petite virée chez Huguette pour des crevettes à l’anis ? Les Potes, à quand une bonne côte Bazadaise ? Et puis vous, mes amiEs… merci de m’aider à ôter le masque, à vaincre la culpabilité et les doutes… à vivre d’envie au plus près de ma réalité…

Mes petits mouchoirs, je vous les livre comme autant de gages de mon affection et de ma sincérité…

Aaahhh… une dernière chose Guillaume… si tu repasses par le Cap… tu fais signe ? ^-^

mouchoir