Put… d’envie de jeter le bébé avec l’eau du bain (encore…), de dézinguer le carcan pourtant construit volontairement depuis des années, de renier les ingrat(e)s, d’emplâtrer les injustes, de sanctionner les chauffards, de mépriser les puissants, de fuir le politiquement correct pour une fois. Se révolter ou se museler ? Affronter ou fuir ? Se soumettre ou démissionner ?

Put… d’envie de prendre la poudre d’escampette, de voir ailleurs si j’y suis… envie de faire le point ET de tirer un trait. De répondre à la question du livre lu en ce moment : « à qui ferais -je du mal si j’étais moi-même ? »… ras le bol de me malmener, de tamponner pour les autres, d’absorber comme de la mélasse le stress qui reviendrait à autrui… d’avoir les émotions qui cristallisent sans cesse sur untel ou unetelle, ceux là même qui se posent beaucoup moins de questions que moi sur leur devenir et leur entourage.

Ras le bol d’être la bonne grosse rigolote, poire, tarte, nouille ! Au moment où une amie vit réellement une sale période, au moment où nos échanges sont si sincères et réparateurs, je me rends compte à quel point je peux dépenser de l’énergie et de l’anxiété pour d’autres qui ne le méritent pas !  Après tout qui me demande de me mettre la rate au court bouillon ou de faire grand cas de certaines situations que j’imagine anxiogènes ? Je m’angoisse à la place de…  je prends leurs problèmes à bras le corps, je réagis, je m’insurge, je monte en pression mais en définitive, à quoi et à qui ça sert ? Après coup, pas grand monde comprend dans quels états je peux me mettre et qqs uns finissent par m’en faire le reproche… j’en conclus amèrement : tout ça pour ça…

Alors oui, plus encore aujourd’hui qu’hier, j’ai envie de tout jeter par-dessus bord… le trop plein, les regrets, les remords, mes vaines attitudes de pseudo wonder woman, ma volonté d’arrondir les angles, de faire au mieux pour les autres avant ma bedaine !

Même si la colère est mauvaise conseillère, en pétard je suis ! Contre moi qui n’ait pas su prioriser mes intérêts et qui passe depuis pour le caliméro de service quand j’ai l’audace de me plaindre. En pétard aussi contre celles et ceux qui ont usé et abusé de mes faiblesses de cœur pour m’ignorer une fois le pot vide. Contre celles et ceux qui profitent de mes largesses sans le moindre scrupule et sans le moindre retour. Qui ne cherchent même pas à renvoyer la pareille. Et sans considération aucune.

Rarement je me suis trouvée aussi amère et aussi fermée. Aussi désabusée aussi. Est-ce là le constat d’un fonctionnement qui ne marche plus ? J’ai trop longtemps considéré que mes p’tites crises de déboussolement n’étaient que passagères et qu’il fallait passer outre (genre petite voix intérieure « tu t’écoutes trop ma fille » ou reproche de l’entourage « tu nous soûles  avec tes questions existentielles et tes lamentations… ») pour ignorer cette « petite » crise là… elle me plombe trop celle-là.

Certains tournent des pages, il faut que je m’y mette aussi… mais par où je commence et par quoi ? De franches explications qui peuvent devenir houleuses et culpabilisantes ? Une fuite en avant avec un « qui m’aime me suive » ? Un vrai break permettant un voyage intérieur ? Je ressens comme une urgence vitale à faire le tri et les bons choix… comme le nécessité  absolue de prendre un grand virage afin d’éviter le énième cycle de ratage que je perpétue depuis des années…  toujours les mêmes pauvres constats, toujours les mêmes troubles, toujours les mêmes fausses solutions, toujours les mêmes tristes blablas qui fatiguent tout le monde. Je m’étiole et c’est pas bien.

Aujourd’hui plus que tout j’ai besoin de me sentir vivante et pas un pantin utilisable à merci quand ça arrange… 

Aujourd’hui je découvre à quel point mes amies me sont précieuses, indispensables, essentielles et me soufflent l’énergie que je n’autoproduis plus… je compte plus que tout sur notre complicité, nos échanges, nos confidences et nos fous rires pour dépasser ce mauvais cap et m’encourager dans mes futures pérégrinations.

illustration de la talentueuse Margaux Motin

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