En maternelle, j’avais un petit copain qui s’appelait Laurent. J’ai fait semblant de pleurer à un spectacle de marionnettes pour qu’il me console. Tous les jours nous avions un « temps calme » pour l’on posait les mains à plat sur le pupitre et nous posions ensuite notre front dessus en fermant les yeux. Mon totem ou signe distinctif ressemblait à ça :

TOTEM

Une fois j’ai vomi des betteraves sur le vieux parquet. Une autre fois ma « petit bateau » verte a perdu son élastique et je suis restée toute la récréation à la tenir, complètement tétanisée.  Et puis un jour la directrice m’a offert des gaufrettes au chocolat et j’ai adoré ça. Les pompiers ont fait des simulations d’intervention dans la cour et j’ai eu très peur. J’ai fait tomber un pot de peinture sans faire exprès et je me suis bien fait enguirlander. On portait des blouses (moches). Un après-midi, j’ai glissé une poupée mannequin sous mon pull pour l’emmener à l’école et ma môman m’a pincée… j’avais aussi des cahiers d’écriture où l’on traçait d’abord au crayon à papier avant de tout repasser aux crayons de couleurs. J’aimais déjà beaucoup  dessiner, les livres et les histoires inventées.

En CP, je me suis beaucoup ennuyée. Ma maîtresse, « fraîchement veuve », avait la larme facile et me semblait très gnangnan. J’ai adoré pouvoir lire librement et j’ai commencé à éplucher la Bibliothèque Rose. Mon petit copain s’appelait Mickaël et je lui écrivais des petits mots d’amour que je possède encore comme « M, je t’aimeré toujour meme quan tu sera mor » accompagné d’un joli ruban rouge. J’avais déjà le sens du drame, non ? Je portais un ciré transparent rose avec des clips et je détestais rester toute seule. Sur un cahier du jour, j’ai dessiné au feutre une tête d’âne ( !) que je ne saurai plus du tout reproduire aujourd’hui. J’allais en étude le soir et j’ai découvert les crêpes sous vide que je déteste maintenant.

En CE1 ; mon maître était fantastique… même s’il m’appelait Jeannot lapin pour me taquiner rapport à mes deux nouvelles incisives fraîchement poussées.  « Tuf’ » s’habillait en rocker, amenait son briard en classe et sa guitare électrique. Les tables et chaises n’étaient pas alignées… on travaillait en double niveau avec les CE2 et les ateliers me paraissaient fort ludiques. Travailler, c’était s’amuser. Je me suis fait un bon groupe de copains qui allaient me suivre jusqu’au moins le CM2. On jouait à Big Bisou dans la cour. J’écrivais toujours des p’tits mots d’amour mais j’ai changé d’amoureux. J’ai mangé ma première fondue au chocolat, écouté le Boléro de Ravel qui me poursuit encore, découvert les poèmes. On s’invitait pour les anniversaires et je crois avoir qqs petits cadeaux de l’époque : boite à bijoux musicale, bracelet semainier, bilboquet, yo-yo en bois, livre…

En CE2, j’étais dans la classe de « la femme du directeur ». C’est devenu plus formaté, plus studieux… j’ai appris et copié beaucoup de mots (merci môman, jusqu’à 500 fois le mot « hareng » et « whisky »… oui madame !) mais aujourd’hui je suis fière de mon orthographe (et complètement outragée des fautes des mômes !!). Même si mes cahiers étaient propres, mon casier était bordélique (début de mon mauvais penchant) ce qui m’a valu d’être traitée de « petite souillon » une fois. Grosse honte ! En parlant de honte : lorsque l’instit’ a demandé ce qu’était du chaume, j’ai répondu spontanément : « du fromage ! » rapport à la pub qui passait à ce moment là… éclat de rire de la maîtresse  qui s’est moquée de moi… je lui en ai voulu au moins quelques jours comme lorsqu’elle m’a mise au coin. Mon voisin venait de me mimer le « h » muet  et le « h » aspiré et j’ai eu comme un rire. Mais bien gentille, je lui tout de même offert un cadeau à la fin de l’année : une grosse pomme en canevas brodé par mes soins.

En CM1, c’était très chouette. Trois semaines en classe de neige ! Nous n’étions que 9 élèves de CM1 dans une classe de CM2 et je respectais très fort le directeur, bon prof je suppose, qui de son allure de pater familias m’en imposait. Je travaillais plutôt bien même si je paniquais en « problème » et en « calcul mental »… (c’est encore le cas aujourd’hui).  Au 1er trimestre, j’ai eu 8.96/10 de moyenne ; j’étais donc « première » et fière comme un paon… au second trimestre, à cause d’un 4/10 en « problème », je suis redescendue à la 3e place : grosses, grosses larmes et déconfiture… quoi, je pouvais être faillible ? On avait la chance d’aller à la piscine et à la patinoire régulièrement et on nous a même initié au hockey sur glace ! A la bibliothèque de l’école, j’ai découvert les BD (Quick et Flupk je crois, Boule et Bill, Gaston Lagaffe…) en plus des Alice Parker et autres enquêtes de la Bibliothèque verte. On avait des fiches de lecture que j’adorais faire avec un dessin imposé à la fin… j’ai pris tellement de temps à réaliser un tableau sur Poil de Carotte que ma peinture est restée affichée deux ans ! Je le vois encore … On dû apprendre à se servir de la machine à duplicopier et son odeur  me donnait envie de vomir. Les récrés restent aussi source de très bons souvenirs, tout comme nos repères sur le terrain de basket, le champ d’à côté, le tourniquet… sortir le chien était prétexte à se retrouver dans un univers qui me paraissait protégé.

En CM2 re trois semaines à la neige et passage de la 3e étoile (de justesse !). Je deviens « souricette » pour le maître (le même que l’an passé) grignotant les parts de fromage qu’il m’offre généreusement  au repas de cantine. Que de bons souvenirs encore même si une partie de nos copains étaient déjà partis au collège. Petite performance à la course que j’aimais bien sauf le jour où j’ai oublié mes chaussures de sport lors d’une rencontre inter-écoles : j’ai couru en bottes en caoutchouc prêtées par une copine (à la place de mes tongs !) et j’ai perdu. Découverte fort appréciée de l’écriture et du jeu de saynètes : spectacle de fin d’année avec sketchs des blagues de potache présentées aux parents… en nouvelle Christine Ockrent, j’interviewais « pépé fusillé », héros douteux de la seconde guerre mondiale. Evaluation de fin d’année avec test de notre culture générale : grosse trouille. Ne sachant pas dessiner une « chaîne alimentaire », j’invente une fresque très abstraite avec des ronds et des tubes. A la question « qu’est ce qu’un bocage ? », je réponds « une sorte de bocaux » pensant que ça appartient au même champ lexical… ha, ha, ha… J’aime toujours étudier mais je déteste rentrer toute seule et faire mes devoirs dans une maison vide. L’année passe presque trop vite tant j’ai les chocottes de rentrer au collège.

Un bref résumé d’années scolaires revécues avec un soupçon de douce nostalgie. J’aime ces souvenirs d’enfance pleins de rires et d’amitié… et lorsque la rentrée arrive, je souhaite toujours que mes enfants connaissent ces mêmes bons moments… garder longtemps les mêmes copains, apprécier ses enseignants, apprendre avec plaisir, se découvrir des qualités, vivre l’échec sans rancœur, tester de nouvelles activités, avoir peur mais la dépasser… autant d’évènement qui apprennent la vie en collectivité, les limites et le dépassement de soi, la liberté d’autrui, le partage, la concurrence, le soutien, l’humilité mais aussi la confiance en soi… chaque jour, je m’émeus de cette autonomie qu’ils acquièrent, de leurs rapports souvent sains aux autres enfants, de leur curiosité et de leur ouverture. Mes petits hommes ont l’air très content de leur nouvelle école et de leur prof… et j’apprécie de lire sur la porte de GS : « Apprends-moi à faire seul » (M. Montessori)… c’est bien là le plus beau cadeau qu’on puisse leur offrir non ? Avec bien sûr la valorisation de leurs nouveaux acquis….

Bonne rentrée à tous !

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