C'est comme une léger étiolement ... un petit truc qui s'égrenne doucement... des parcelles de vie qui s'échappent et qu'on oublie de noter... des fragments d'émotion qu'on n'ose pas raconter de peur de les abîmer... du quotidien trop rapide pour laisser reposer les meilleurs moments qu'on happe goulûment au passage, histoire de profiter de l'instant. C'est bien d'immédiateté dont il s'agit en ce moment. Je suis à fond dans le présent, plus dans cette nostalgie d'hier qui m'engluait le coeur dans une forme de "j'étais mieux avant..." et pas non plus dans "plus tard, je serai... demain, je ferai...". J'ai les deux pieds dans ce fatiguant mais riche AUJOURD'HUI qui me prépare aux jours heureux... à cette construction d'un bonheur communément ordinaire mais brouillonnant et bouillonnant  à la fois... parce que j'ai enfin compris que dans mon cas , rien ne serait ni tout à fait droit, ni tout à fait simple... jamais complètement serein et clairement établi... ma vie est un éternel recommencement...
Pas le coeur, pas le temps...
Pas le temps de tenir une aiguille, un crayon, un pinceau... pour la créativité, c'est une période blanche... de celle qui frustre mais qui permet aussi de se poser les bonnes questions. Suis-je dans un moule (ou un carcan) qui m'impose au nom d'une pseudo effet de mode ou courant quelconque de faire "pareil" (en mieux si possible histoire de gargariser l'ego), d'être une débutante plus si débutante qui coud, tricote, brode, crochète, perlicote, photographie, photomonte, cartonne, encolle, ponce, peint, jardine, cuisine (bio et/ou sain bien sûr !!)... aaaaargh....!!! Dans cette pression constante du do it yourself, encouragée par les magasines féminins que je continue d'acheter comme un rituel mensuel  et fascinée par les nombreux talents mis en scène sur la blogosphère, j'ai perdu la trace de mon propre chemin... trop culpabilisée de ne pas être "à la hauteur de...", avec un sentiment d'échec constant "rapport à..."
A trop vouloir "faire comme...", j'en ai oublié ce que je voulais vraiment et je n'ai rien fait du tout hormis me plonger dans un profond dénigrement.

Heureusement, comme toujours la vie et ses hasards pas si hasardeux remet les idées en place et provoque des situations où il faut réagir, réfléchir, choisir... et choisir, j'ai dû faire... mettre entre parenthèses les douces rêveries, les bobines de fil, les aspirations vaines... je me suis rapprochée de mon tout petit monde, ma grande petite famille, mon homme et mes 4 enfants... oui 4... mam'zelle aborde un nouveau virage et j'ai pris un réel plaisir à l'accompagner ces derniers temps... alors j'ai beaucoup écouté, encouragé, sollicité, réveillé voire éprouvé cette jeune fille en pleine révolution... pour elle, pour nous et aussi pour mes 3 autres enfants. Dans quelques semaines, nous serons pour un temps, 6 à la maison... une nouvelle organisation verra le jour... en septembre qu'il faut déjà anticiper, beaucoup de choses changeront et tout ce petit monde devra s'en accomoder au mieux en se créant une nouvelle et douillette petite place.
Pas le temps donc pour autre chose que cette vie à réharmoniser, que les liens à entretenir...

Pas le temps encore pour raconter la jolie fête, de belles retrouvailles, les moments forts.... les rires et les larmes... les promesses, les témoignages, les arrivées et les départs... cette sensation de vivre plus fort...
Pas le temps de penser à tout le monde, de faire livrer des fleurs, de poster les cadeaux, de répondre aux courriers, aux mails voire même aux coups de fils... l'instant nous impose l'urgence... on ne traite que l'urgence jusqu'aux vacances... ensuite, seulement il faudra se poser pour mieux redémarrer par la suite... car bien sûr quand arrive l'heure du coucher des enfants, après l'histoire et/ou le gros câlin qui prépare aux doux rêves, les grands se posent dans la canapé et ne peuvent presque plus bouger. L'énergie s'en va... jusqu'au lendemain !
Pas le temps tout à fait de remercier, de témoigner à qui de droit la reconnaissance d'un geste, d'un service rendu, d'un gentil mot, du temps dégagé pour nous aider.... qu'ici, ils puissent lire à mots couverts combien je suis très touchée par cet entourage généreux... pas le temps de dire à quel point mes copines et mes amies sont importantes et sont inclues dans ce que je livre juste avant. Il faudra que j'en parle de ces poulettes là.... elles méritent bien ça...

Et puis pas le coeur aussi... je reste une éponge qui absorbe toujours mal les chocs, les mauvaises nouvelles, les ondes négatives. Je m'acclimate difficilement d'une mauvaise ambiance pro, je suis contrariée de savoir mon homme si injustement mal managé, je n'aime pas la pluie et ces changements de temps qui éreintent , je m'énerve du comportement d'une enseignante qui moque durement ses élèves (tout comme je suis ébahie d'une autre qui sait tellement bien les encourager et leur donner confiance !), je m'inquiète des sous qui manquent, des démarches à accomplir, des contraintes administratives toujours plus fastidieuses... de ma voiture qui déconne...je suis soucieuse des autres aussi... de cette collègue qu'on n'aide pas... de ce jeune cousin déboussolé... de mes grands parents vieillissants... de cette amie qui somatise... de cette autre qui pleure son grand enfant qu'elle ne voit plus... de ce couple en difficulté... de ma soeur nouvelle maman d'un si petit bébé... de ce nouveau papa qui a perdu le sien... de cette petite fille attaquée par un mal qu'on dit incurable... de ses parents en pleine détresse...

Pas le coeur, pas le temps... la vie m'impose une phase d'observation et de l'action/réaction...  rien ne va très bien mais tout ne va pas très mal. Alors le coeur me dit de prendre le temps....