Du soleil forcément. Que j’aime. La chaleur aussi. Vacances. Le privilège de partir tous les ans. Un mois avec papa… un mois avec maman… Centre aéré aussi. Détesté celui là. La peur du passage sur le petit pont, dans le car très haut, très grand. Premiers poux sur cheveux longs. Aïe !  Une médaille en argent (en alu !) aux olympiades, au saut en longueur. Cendrillon  au spectacle de fin de saison dans une robe jaune en papier crépon.  La copine qui pleure en fée carabosse… le petit frère qui pleure quand on se croise au hasard des chassés croisés des groupes… moi qui pleure de ses pleurs… le dégoût du goûter : je déteste le pain avec de la compote de pomme dessus ! 

Les shorts en satinette… un bleu et un rose… avec des bandes blanches sur les côtés.  Leçons de natation attendues et aimées,  avec Christian au cheveu sur la langue que j’adore… la petite culotte oubliée  dans le sac de change et la honte d’être « cu%l**n*u*** ».

Vendée : un tir à la carabine avec le tonton : un joli carton ! La peur des méduses. La quête des jolis coquillages.  La lecture des Cornichons au chocolat. Les batailles d’algues ou qui emmêle les pieds … Un match de catch féminin, très impressionnant. Les bateaux construits dans le sable pour faire plaisir aux cousins. Les sorties nocturnes où l’on chipe sur les étals des pralines en rêvant d’un chichi ou d’une barbe à papa. La robe à volants : violette avec des fils dorés qu’on porte de nombreuses années, même trop courte, même trop petite.

Comme en juin, des  retrouvailles à la piscine avec les copains et les copines.  Sous la musique d’Indochine qu’on fait semblant d’aimer. Les premiers plongeons du 5 mètres… plus d’appréhension à l’idée de perdre son maillot arrivée en bas  que de faire un plat.

Première fois en avion. Les Etats Unis : Tarrytown, New York, New Jersey, Michigan, les chutes du Niagara.  La sensation de l’immense : les tours, les routes, les voitures, les maisons, la nourriture, les champs, les arbres… la sensation de vertige en montant au sommet de l’Empire State Building. Les tags du métro et les photos des enfants disparus sur les bouteilles de lait. Mes premières parties de tarot. Le Seven Up. Les gens qui courent. Les « pin pon » tout le temps. Le début de la lettre à Elise au piano. Le topping au chocolat sur la crème glacée. Les Bacon Laituce Tomatoes (que je fais encore !). La couture d’un tablier (toujours gardé !). Mon walkman adoré trouvé à New York city. La conversation près d’un lac sur « être et ne pas être, telle est la question »… les écureuils. Sur l’île de Sugar Island une grande maison en bois au bord de l’eau, un bateau, un renard argenté aperçu le jour du départ… la fille au pair qui lit « 20 ans »… « The man from snowy river », vu, vu et revu en anglais sur le magnétoscope… mes premières histoires qui s’en inspirent. Des céréales à gogo… ma première boisson alcoolisée : un colonel !! Une cérémonie épiscopale assez étrange. De grandes tablées. Un barbecue à l’américaine… les blagues des grands qui se « demandent ce que font les pauvres » en buvant une Budweiser.

Les premiers soutiens gorge qu’on n’a pas besoin de remplir avec du coton… le monokini assumé longtemps… les feux d’artifice  sur la grande place avec les prisonniers qui regardent derrière les barreaux.

La Tremblade… les cris de la petite sœur et de sa copine du même âge qui fait ses dents, le seul soir où je suis « de garde »… la Côte Sauvage et ses dangers. Je manque (encore !) de me noyer, saloperies de rouleaux…  les premiers émois épistolaires… des heures à écrire, à raconter dans des cahiers d’écolier…  beaucoup de lecture, quelques dessins… cassettes de JJG en boucle… ou BJH… ou Dire Straits… 

Les Juillet théâtraux… répétitions intenses  d’une trilogie de Shakespeare… on a 11 jours avant de jouer… je suis une sorcière là où je rêve d’être une Juliette. Plus tard, je serai saltimbanque !

Montpellier en construction d’une ville nouvelle, Palavas sous la pluie et le vent… la Grande Motte affreuse… la piscine dans la maison de vacances et les fêtes d’étudiants en médecine où l’on rêve d’aller. L’arrêt des ongles rongés…  le p’tite frère aux urgences qui a avalé de l’eau de javel… l’ennui, un peu aussi.

La chaînette au pied… encore des sorties à cheval et quelques progrès…  des sorties en moto avec le copain d’enfance. Des poèmes inventés. Des soupirs. Des attentes. Des cartes postales. Des roulades dans le foin… suivies d’éternuement à répétition.

Des retrouvailles lors d’une fête d’anniversaire avec la promesse de ne plus jamais se quitter… et puis les vacances à Molines qui virent au fiasco… la fuite  vers Annecy… où je vais travailler… où je vais rejoindre « un autre ». Début de serveuse dans une cafet’ pourrie avec Dave en vedette sur le parking d’à côté…  d’autres fêtes avec d’autres copains que je ne reverrai jamais. Des promenades à la Clusaz et le pied posé sur une vipère… ma phobie des serpents… des nuits blanches à mater des cassettes de Fellini, Almodovar ou Truffaut… des heures amoureuses aussi… des coups de fil en douce à l’amant abandonné… les Rita en Boucle… Noir Désir à fond la caisse dans la Lada… plus tard dans 4L. 

La « sardines party » chez le pote qui vient de s’installer à la campagne suivie du  bal des pompiers : première (légère) cuite avant ballade du lendemain en canoë… épique…

Les premières lunettes pour les heures de code… la galère des horaires chez mac do et le job qu’on finit par abandonner. Le stop jusqu’à Sion, heureusement qu’on est deux ! La découverte et l’apprivoisement de mon chat Batman.  Le télé accueil au CNED comme « vrai » job d’été. « One (love) » chanté à tue tête… les grenadines au troquet Le Gil bar…

Le festival d’Avignon…. l’émotion devant Charles Berling dans « La nuit des treize lunes »… la  sieste sur l’herbe au milieu des passants… le petit hôtel  assez miteux près de la gare et les restos animés le soir… les spectacles de rue à gogo et « Les Bonnes » joué par deux hommes : excellent. L’achat (en soldes !) de magnifiques sandales à lanière en satin blanc. La croisette en starlette filmée en 8mm, lunettes de soleil et foulard couvrant les cheveux… mes mains sur les empreintes d’une grande des années 50…  la promenade des anglais, les ruelles du vieux Nice, les galets… les plages de juan les pins et le pied à terre sur antibes… une demande en mariage refusée tout net…

Des glaces italiennes… toujours cet adorable chapeau de paille et le dos nu. Une guinguette où l’on boit du coteau du layon, en rigolant jusqu’au bout de la nuit… la douche à l’eau froide et la tente de camping qu’on réinstalle chaque week-end, juste pour faire la fête.  Les kilomètres en train. Les champs de tournesol.

Et puis le boulot à Paris. Le lever très matinal et le coucher tardif… d’étranges sentiments qui naissent et l’envie de séduire chaque jour un peu plus… ma robe rouge à pois et les mules qui vont avec.  Les p’tits mots glissés sur le bureau du boss. Le chèvre au miel et la visite « surprise » du mercredi… les au revoir qui se prolongent…  la tomate cerise glissée dans mon assiette au resto « la belle époque »… le téléphone ola qui fait battre le cœur quand c’est LUI qui appelle. LUI avec qui on cherche à être… pour faire le café… pour la saisie d’un devis… pour être raccompagnée… déposée en gare… qu’on attend le dimanche soir au bout du quai.
Et puis vient le jour où l’on ose dire « pourquoi pas un ciné ? »… avec la trouille du premier rendez-vous… on se connaît sans se connaître, on se voit presque tous les jours… il a fini par me tutoyer… c’est avec LUI que j’aime travailler… sur les 4, c’est mon patron préféré. On fixe une date. Pour l’occasion, il porte jeans blancs et chemise en jean bleu clair. Des santiags bleu qu’il n’a jamais remis… moi c’est rouge et noir comme souvent… petit tee-shirt avec cœur ajouré devant… des babies rouges… les cheveux retenus… film passe partout pour ne pas l’effrayer… boisson partagée et fronts collés une fraction de seconde. Après le ciné, brève promenade dans Belle Epine et arrêt lèche vitrine chez Tie Rack… il adore les cravates précise t-il… comme si j’avais pas remarqué !! Poursuite de la soirée dans un restau Tex Mex… plus godiche tu meurs devant ma corolle de tacos pleine de salade composée. IL a l’air de bien s’amuser et déjà ses yeux font chavirer. Quand IL demande  s’il peut poser une question… le cœur s’arrête… qu’est ce qu’il va bien vouloir savoir ???? Juste à ce que mes cheveux soient détachés… ça y est, j’suis cuite. Dernier verre dans un pub où il a l’habitude de jouer au billard… état second de ceux qui savent qu’un truc vient de se passer… dans la voiture, sur le retour, premières confidences… qui se poursuivent, moteur à l’arrêt. Jusqu’au petit matin. Jusqu’à ce que ma main se pose juste sur la sienne. Et quand le jour se lève ou presque… c’est un premier baiser. 
Premier baiser que j’aime depuis chaque matin, quand aux aurores il vient m’embrasser avant de partir travailler.