Pendant très longtemps, cherchant à plaire à tout prix, je me suis laissée engluer dans le paraître, comme si le simple fait de me présenter aux autres « sous mon meilleur jour » allait me rendre irrésistible. Bien que d’un naturel spontané, je cherchais par tous les moyens à paraître en toute circonstance à mon « avantage », allant jusqu’à porter talons pour me grandir dès le saut du lit, affichant maquillage soigné quoiqu’il arrive, tenue choisie en total coordonné, etc.
Ce souci de perfection, bien qu’illusoire, me permettait d’avoir l’esprit tranquille et me rassurait sur mes complexes toujours grandissants.
En vieillissant et malheureusement en grossissant, j’ai gardé ce penchant mais sans plus y trouver la satisfaction du devoir accompli. J’ai donc cessé progressivement de me torturer le corps et l’esprit dès le lever du jour, acceptant résignée de me présenter aux très très proches (ma cellule familiale, qqs amis…) sans rimmel et autres apparats de séduction.

Ceci dit, je reste bien souvent dans cet « entre deux ETRE/PARAITRE » ; coincée entre cette volonté d’ETRE (je suis MOI, j’EXISTE…) et le souci de PARAITRE (le « sublime » de moi…). Et j’ai eu bien souvent l’impression d’être une usurpatrice ; paraissant parfois idéalement ce que je ne suis pas au fond (comme une intello sans en avoir les connaissances, comme une vamp sans les attraits, comme une « créative » sans le talent…).

Ce paradoxe, je l’ai très longtemps alimenté par la pratique de la scène. Apprentie comédienne, je trouvais la satisfaction d’ETRE sur les planches tout en PARAISSANT une autre ; comme si le fait d’être en représentation me permettait d’exister réellement. Révélant ainsi par le jeu, de multiples facettes de ma personnalité tout en me « cachant » physiquement derrière un rôle. Mon JE était un autre via le JEU, un JE meilleur, plus épanoui, plus embelli… vous me suivez toujours ???

En abandonnant la scène, comme on abandonne une partie de soi, j’ai quitté aussi l’assurance du masque. De plus en plus confrontée à mon image réelle, les complexes se sont élargis en même temps que mon tour de hanches ; créant un déséquilibre constant entre celle que je suis au plus profond, ce que je daigne bien montrer de moi-même et ce que j’aimerais représenter (ô illusions !).
Bien que lâchant du lest (hélas pas mes kilos ! ;-p) sur mon apparence physique et m’autorisant même à rire franchement quand j’en ai envie et à ne pas sourire quand je ne suis pas d’humeur, j’ai encore beaucoup beaucoup de mal à me sentir totalement à l’aise en société, très angoissée à l’idée de mal présenter. Cela donne des situations anxiogènes mais cocasses lors de ces fameux rendez vous du quotidien : il est impératif que je coordonne vêtements, bijoux, maquillage, sous vêtements, chaussettes et chaussures pour un entretien médical par exemple… ou bien que je prépare une tenue spéciale les jours où j’ai un rendez vous pro, avec talons de rigueur… ou que j’achète une nouvelle tenue pour une rencontre importante… autant vous dire un diktat prenant beaucoup de place sur mon disque dur pour en définitive QUE de la futilité… j’en suis bien consciente, j’en culpabilise beaucoup et j’en souffre un peu mais je ne sais guère faire autrement…
Sauf quand une Gaufrette se pointe dans votre vie. Je crois profondément que les belles personnes vous révèlent à vous-mêmes. C’est son cas. Et c’est bien la première fois que je n’ai pas eu envie de « tricher ». Gaufrette m’a vu brut de décoffrage : en pyjama, le cheveu hirsute (et blanc !), le teint brouillé… je n’ai fait aucun effort vestimentaire, je me suis montrée sans fard et pas simplement esthétiquement parlant. Je n’avais pas d’angoisse, je n’avais pas peur d’elle ni de son jugement…
Passée l’appréhension de la recevoir dans une maison mal rangée (j’ai un peu saoulé mon monde avec ça j’avoue), j’ai accepté d’être « nude » : une coquillette rondouillarde et un poil nouille, qui perd ses clés, son tel, sa tête toutes les 5 minutes… qui boulotte, qui s’inquiète d’un rien, qui culpabilise de tout, qui ne sévit pas des masses… je n’ai pas mis les petits plats dans les grands, je n’ai pas fait de grande cuisine… en clair je n’ai pas cherché à l’impressionner, ni à la séduire .

Dans un monde où l’image de soi et celle que l’on véhicule est aussi importante et où d’habitude je suis la première victime de mon narcissisme, je suis parvenue à ETRE MOI tout simplement. J’ai admis qu’il n’était pas utile d’en faire des tonnes pour être appréciée.
En fait, Gaufrette a traversé le miroir… de l’autre côté de la vitrine « blogosphérine » où l’on polisse souvent sa vie…

Gaufrette m’a vue en chair en en os et c’était bien cela le plus important. Me reste plus qu’à continuer ce chemin vers « l’acceptation du Moi en vrai », entamé grâce à elle, tant il est évident qu’on y gagne en apaisement. Merci à Toi. Je compte sur ta bienveillance et celui mon fidèle entourage pour m’accompagner sur la route au besoin.

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Magritte