J'ai mal à mon travail... c'est presque indécent de le dire vu que j'en ai, moi, du travail... et comme j'entends chaque semaine les chiffres du chômage qui augmentent, je culpabilise encore plus d'avoir à me plaindre... mais voilà, je pars le matin avec la boule au ventre et je rentre le noeud dans la gorge... je sais, je sais, ce doit être le contrecoup de l'hiver, un faux bilan après les pénibles mois raccourcis, le manque de soleil, le maque de sommeil, le fossé entre le monde pro et mon envie de materner encore et toujours... la difficulté à reprendre après 3 années d'arrêt... oui, peut être un peu... mais ça fait pas tout... en fait, je suis nouée parce que presque "empêchée" de travailler... de tenir mon rôle ou mon statut ou mes missions... de me rendre compte que je ne suis qu'un pion (gênant ???) qu'on placardise... il y aurait tant à faire, à dire, à ré inventer, à combattre, à investir, à motiver... mais non... de pire en pire chaque semaine, à croire "qu'ON" fait tout pour que le bateau coule, le personnel avec... je ne parviens pas à me résigner, à rester une fausse exécutante qui n'applique que les petits projets, les petites actions qu'on veut bien lui donner... comme des miettes de pain... et partout, dans chaque service, on courbe l'échine, on tend le dos, on apprend à dire "oui" sans réfléchir... je suis ahurie des méthodes RH employées, du manque de considération des dirigeants vers le personnel, du peu d'intérêt pour le potentiel et les ressources que l'on pourrait utiliser  et qui n'est pas utilisé... et nous ne sommes pourtant pas dans une grande multinationale devant rendre des comptes à des actionnaires... non non non... nous sommes supposés défendre des valeurs louables d'après guerre, dans un but non lucratif... nous faisons normalement de la santé et du bien être notre cheval de bataille mais combien restent sur le carreau ? Combien de nos propres fourmis ouvrières stressent, s'angoissent, se mortifient ? A peine 6 mois de boulot et je me sens aussi lessivée qu'une prochaine retraitée... à casser le moral des troupes, c'est sûr que rien de bon va arriver... et quel triste constat, le jour où des plus motivés on ne verra plus que des fantômes ! Et qu'adviendra t'il de moi le jour où moi aussi je baisserai totalement les bras ? Je n'ai déjà plus rien d'une militante...